> Listes et Commentaires

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Liste et commentaire, Raphaël Denis

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Swimming with Sharks

Liste et commentaire, Raphaël Denis

les sensations pures

Vanitas vanitatum

Listes et commentaires, Raphaël Denis

Liste et Commentaire, Raphaël Denis

Blanc de meudon

Encre sur papier
2010-2014
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« La tâche révolutionnaire de l’écriture n’est pas d’évincer, mais de
transgresser. Or, transgresser, c’est à la fois reconnaître et inverser ;
il faut présenter l’objet à détruire et en même temps le nier ; l’écriture
est précisément ce qui permet cette contradiction logique.
 »

Roland Barthes – Entretien (1967)
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Tout commence en Russie, où Raphaël Denis est invité à présenter une série de peintures en 2010. Le transport de ses œuvres de Paris vers le musée d’art contemporain de Perm ne se passe pas comme prévu, Raphaël Denis doit improviser sur place. Sur un mur de quatorze mètres, il accroche un ensemble de grandes feuilles blanches et vierges. De manière conceptuelle, elles devaient remplacer les peintures absentes. Résultat assez joli, mais un poil limite en terme d’exigence… L’artiste est accueilli dans les meilleures conditions : hôtel et restaurants étoilés et voiture avec chauffeur. Il côtoie ce qui lui semble être la fine fleur de la société russe, des personnes fortunées, des gens de pouvoir et des militaires. Une flore et une faune qui lui inspirent un nouveau travail : drôle, ironique et impertinent. Il prend des notes dans un carnet. Sur les petites pages blanches, il rédige des slogans, des commentaires, des affirmations et des injonctions. Les phrases, au départ rédigées en français, sont traduites de la manière la plus littérale et la plus approximative en langue anglaise (Sad y devient par exemple Sade). Muni d’un marker noir, Raphaël Denis les transpose fidèlement sur les grandes feuilles de papier : le texte obéit à une composition spécifique, des mots peuvent être raturés ou bien soulignés. Il s’agit de manier la langue comme on manie le trait. L’esthétique feuille de brouillon et les étourderies sont conservées. La série Be my art-collector représente non seulement une parade produite dans l’urgence, un moyen d’interpeller directement son entourage quotidien, mais aussi d’harponner le potentiel collectionneur !

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De retour en France, Be my art-collector devient Listes et Commentaires, « un titre plus descriptif et plus sobre ». Parce qu’il revient vers la langue française, moins directe et moins synthétique que l’anglais, Raphaël Denis doit adapter ses tournures en modifiant la syntaxe, la grammaire et le vocabulaire. Il fouille Internet et la presse artistique pour dénicher des formules qu’il va fondre à son discours : celui d’un artiste imbuvable, prétentieux et méprisant qui s’adresse aux collectionneurs, aux institutions, aux critiques d’art et aux commissaires d’expositions (Année Zéro – 2011). Un artiste fictif dont les invectives reflètent la violence du marché de l’art et de l’ensemble du système artistique : ses étapes, ses codes, ses faux-semblants. Un parcours du combattant, de l’atelier jusqu’au musée, en passant par les galeries, les foires, les prix, les catalogues, que tout artiste doit éprouver pour espérer atteindre les marches d’un panthéon sacré : celui de la reconnaissance du marché et de la critique (Folie Passagère – 2011). Avec humour, ironie et désinvolture, l’artiste analyse l’ensemble du système de promotion de l’art contemporain en France. Il passe au crible les commentaires laissés sur le blog du Figaro, les textes critiques publiés dans la revue Artpress, les remarques entendues auprès des artistes, des galeristes, des regardeurs (notamment les plus hermétiques à l’art) et autres acteurs du monde de l’art (L’Enfant prodige – 2012 / La Preuve – 2012). Entre 2010 et 2014, il réalise une centaine d’affiches-dessins, des commentaires amusés et désabusés sur les stratégies et les rouages de son propre milieu. Des commentaires qui soulignent le rapport superficiel entretenu avec les œuvres et les artistes. Bien trop souvent, l’art est résumé à une tendance, un effet de mode, éphémère et interchangeable. Les commentaires de Raphaël Denis nous renvoient à une facette, cynique et médiocre, du milieu artistique.
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________________________________________________________________Julie CRENN
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