> Déformation Professionnelle

_MG_2157

_MG_2171

_MG_2168

_MG_2177

_MG_2175

_MG_2185

_MG_2180

_MG_2191

_MG_2182

_MG_2194

_MG_2188

_MG_2202

_MG_2222

_MG_2231

_MG_2146

_MG_2234

_MG_2173

Blanc de meudon

.
Commissariat : Raphaël Denis
//
Avec : Léa Belooussovitch / Justine Bougerol / Dieudonné Cartier / Claude Cattelain / Jerome Cavaliere & Stéphane Déplan / Morgane Fourey / Mathieu Gargam / Élodie Huet / Alexandre Lavet / Gabriel Leger / Maude Maris / Simon Nicaise / Félix Pinquier / Brice Raphalen / Benjamin Sabatier / Mathias Tujague / Roeland Tweelinckx / Président Vertut / Sebastian Wickeroth / Michael Zelehoski
//
Peinture, dessin, photographie, sculpture, installation…
//
Galerie Paris-Beijing
.
Nourries par leur expérience de travail et d’observation dans l’univers des galeries et institutions culturelles, les créations proposées par les artistes réunis dans Déformation professionnelle constituent autant de digressions sur le monde de l’art que sur les formes et matières de l’exposition. Elles évoquent notamment la construction des œuvres, leur mise en scène et l’intendance d’une galerie en mettant au premier plan un ensemble de matériaux et un vocabulaire habituellement dissimulés au spectateur, laissés dans les réserves, évacués lors d’un dernier lissage avant l’ouverture au public ou conservés dans l’intimité de l’atelier.
.
Plusieurs œuvres font ainsi directement référence aux outils et consommables employés par les régisseurs chargés de monter et construire physiquement les expositions ; les bleus de protection, les parois mobiles, les rouleaux de scotch, les différents dispositifs d’accrochage et de stockage, mais aussi les traces de peinture ou restes de plâtre deviennent le sujet principal de l’attention. Ils sont transformés en œuvres indépendantes, maniés pour eux-mêmes, mimés dans leur apparence ou encore utilisés à contre-emploi et rendus inutilisables, dans des constructions confinant à l’absurde ou au paradoxe comme les clous cloués de Simon Nicaise, les bâtons de colle collés d’Elodie Huet, les équerres soutenant le plafond de Roeland Tweelinckx, la cloison explosée de Sébastien Wickeroth ou la perceuse à foret de cristal de Gabriel Leger.
.

De l’intérêt pour les rebuts et les matériaux quotidiens d’emballage, de transport ou de protection naissent des jeux formels et installations relevant tantôt de la prouesse architectonique, tantôt du trompe-l’œil ou de la stratégie poétique. Malgré les différences d’échelle entre les formes spectaculaires ou minuscules que ces éléments standardisés et faciles d’emploi permettent de créer, ces œuvres laissent toutefois toujours percevoir le même souci de perfection et la même délicatesse dans leur réalisation ; des armatures apparemment instables de Claude Cattelain qui forment une installation à l’équilibre parfaitement maîtrisé, des tâches de peinture en porcelaine disposées au sol d’Alexandre Lavet ou encore de la tour interminable de rouleaux de scotch de Benjamin Sabatier. Des équilibres similaires se retrouvent dans les mystérieuses constructions scénographiques de Maude Maris, élaborées à partir de maquettes constituées de moulages en plâtre, évoquant un monde de formes en devenir, prêt à s’animer, ou dans l’espace distendu conçu par Justine Bougerol. Le même silence, la même attente et la même tension semblent résonner dans les vues de galeries vidées de leurs œuvres d’Alexandre Lavet – qui simulent l’état dans lequel les régisseurs les perçoivent avant et après l’exposition – ou émaner des tables de travail à la présentation très soignée de Mathias Tujague et Morgane Fourey, dont les arrangements évoquent des établis parfaitement ordonnés. Conçues comme un autoportrait ou une accumulation de restes, ces installations soulignent la parenté entre l’artiste et l’artisan ; d’autres œuvres laissent percevoir les liens entre l’artiste et l’ingénieur, comme les manipulations de modules et constructions graphiques du sculpteur Félix Pinquier.
.
À l’évocation directe de l’aspect pratique et matériel, très standardisé, du montage d’une exposition, s’ajoute celle d’un monde de l’art concurrentiel et des impératifs de séduction qu’il requiert (de la possession d’un espace et de la connaissance précise de collectionneurs jusqu’à l’envoi de centaines d’invitations que peut évoquer la ligne d’enveloppes de Léa Belooussovitch). Un monde aux apparences policées dont la brutalité et la sauvagerie sont clairement démontrées par les hilarantes vidéos de Jérôme Cavaliere et Stéphane Déplan ; un monde peuplé de réappropriations et détournements dont témoignent les reliques de néons issues d’une sculpture de François Morellet récupérées par Brice Raphalen ou les motifs de Sol Lewitt repris par Michael Zelehoski. Aux rivalités artistiques s’ajoutent à l’occasion l’irruption de véritables guerres, de compromissions et d’arrangements, comme le rappelle Dieudonné Cartier avec son évocation du « don » de Jacques Chirac au Musée de Bamako d’une statuette volée qu’on lui avait offerte – ou encore Président Vertut avec sa vidéo minutieusement calquée sur les images de la destruction des œuvres du musée de Mossoul par les sbires de l’État islamique, dans laquelle ces derniers sont remplacés par des hipsters fanatisés, saccageant une exposition d’art contemporain.
.
.
.
.
.
.